Vendredi 1 juillet 2005
Le taux de chômage français demeure particulièrement élevé - 10,2 % de la population active (les personnes disponibles sur le marché du travail), soient 2 484 000 chômeurs. On peut cependant constater que le nombre de demandeurs d'emploi a cessé d'augmenter depuis deux mois (+ 0,1 % en avril, idem en mai, selon l'INSEE). Autre nouvelle encourageante : le nombre de chômeurs de longue durée (depuis plus d'un an) baisse de 1,2 % ce mois-ci. Tout ceci est bien agréable à annoncer au journal télévisé ou à l'Assemblée nationale, mais quelle est la réalité de cette "stabilisation" du chômage ?
En fait, le taux de chômage global n'a pas grand sens, quand on sait que le risque de se trouver au chômage varie du simple au double voire au triple selon la catégorie sociale à laquelle on appartient. La vraie question serait plutôt : qui est touché par le chômage ? Et ceux-là ont-ils aujourd'hui de meilleures chances de s'en sortir ?
Les jeunes de moins de 25 ans d'abord : lorsqu'ils ne sont plus étudiants, ils sont presque un quart (23,5 %) à ne pas trouver d'emploi ; et le nombre de chômeurs de moins de 25 ans a augmenté de 4 % sur un an... Les non diplômés ensuite, avec un taux de chômage de plus de 14,8 % des actifs en 2003, contre 6 % pour les "bac + 2" (INSEE, enquête Emploi). Il faudrait aussi parler des inégalités hommes-femmes, celles-ci étant comme on le sait plus touchées par le chômage et la précarité - on en reparlera certainement bientôt.
Mais un problème particulièrement inquiétant se développe actuellement : celui de la ségrégation spatiale, c'est-à-dire la discrimination vis-à-vis des quartiers "sensibles". Ainsi, si l'on compare les taux de chômage dans les zones sensibles (celles qui font l'objet de politiques de la ville particulières) et hors zones sensibles, on constate que le diplôme protège moins du chômage dans ces quartiers qu'ailleurs. Par exemple, un bachelier qui cherche du travail a 8,7 chances sur 100 de ne pas en trouver en France métropolitaine, mais 17,7 en zone sensible ; pour un "bac + 2", c'est 6 % de chômeurs en France en général, mais 10,7 % en banlieue. Non seulement ces quartiers cumulent déjà tous les problèmes économiques et sociaux, mais les personnes qui y habitent sont pénalisées du fait de leur adresse : leur taux de chômage est le double de celui du reste du pays, quel que soit le niveau de diplôme (19,6 % pour l'ensemble des actifs en zone sensible en 2003).
Pire, cette discrimination par le quartier se double d'une différenciation selon le sexe. Alors que dans les quartiers "ordinaires", leffet protecteur du diplôme est sensiblement le même pour les hommes et les femmes, dans les zones sensibles, les hommes même diplômés ont bien plus de difficultés à sortir du chômage. Par exemple, pour les diplômés du supérieur (au delà de bac + 2) : le taux de chômage des femmes diplômées en zones sensibles n'est que de 29,2 % de celui des non diplômées, alors que le taux de chômage des hommes diplômés de ces quartiers représente 65,5 % de celui des non diplômés !
La discrimination à l'embauche que subissent les habitants des quartiers "difficiles", et en particulier les jeunes hommes, du fait des représentations négatives de la banlieue, risque de durer encore longtemps, malgré toutes les mesures "d'urgence" annoncées pour relancer l'emploi. Vouloir "nettoyer" les quartiers des "voyous", c'est bien, y créer des emplois durables et qualifiés, c'est mieux.
par Rikibou
publié dans :
Travail & Emploi
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