L'INSEE, à travers ses études récentes (Comptes de la nation 2004, et Note de conjoncture du 23 juin) montre que tous ces indicateurs sont en panne en même temps, au premier trimestre 2005. Les dépenses de consommation des ménages ont ralenti (+ 0,8 % après + 1,1 % au quatrième trimestre 2004). Si l'on veut approfondir, on peut dire que les dépenses dans l'agroalimentaire et l'énergie se maintiennent, mais la consommation en produits manufacturés est en panne (+ 0,6 % contre + 1,9 %) ; d'ailleurs la production industrielle a baissé de 0,3 % ce trimestre, et l'investissement des entreprises a encore ralenti, alors qu'il était déjà faible.
Longtemps, c'est la consommation des ménages qui a soutenu la croissance, malgré la faiblesse de l'investissement des entreprises depuis plus d'une décennie. Mais aujourd'hui, on voit mal comment cette consommation pourrait être dynamique, puisque l'emploi se dégrade, le pouvoir d'achat stagne, et le moral des ménages est au plus bas, selon des sondages récents (crainte pour les retraites, pour l'avenir des enfants...). En outre, non seulement les impôts n'ont pas baissé globalement, contrairement aux promesses, mais ils se sont légèrement alourdis (d'un demi milliard d'euros en 2004), à travers tous les prélèvements indirects.
Du côté du solde du commerce extérieur ce trimestre, les exportations sont en recul (- 0,4 %) alors qu'elles progressaient légèrement fin 2004. Les importations décélèrent : on pourrait dire que dépenser moins d'argent pour les produits étrangers est une bonne chose, mais en fait c'est le signe d'une faiblesse de la demande intérieure... Au total, le solde extérieur s'est fortement dégradé depuis l'an dernier, alors qu'il était un des points forts de notre économie. Les Français avaient d'ailleurs payé assez cher le rétablissement de la compétitivité française dans les années 80, à travers la politique de « désinflation compétitive » (lutter contre l'inflation, pour maintenir des prix assez bas vis-à-vis de l'extérieur) et de « franc fort », qui a sacrifié la croissance et le pouvoir d'achat des salariés depuis vingt ans. Peine perdue (et croissance perdue, et emplois perdus... mais tout n'est pas perdu pour tout le monde, je vous rassure...) : après un excédent commercial de plus de 17 milliards d'euros en 2003, on va sans doute se retrouver en déficit en 2005 ; et la part de marché de la France dans le commerce mondial a diminué de 9 % entre 2001 et 2004...
Au total, la croissance, après un résultat honorable en 2004 (hausse du PIB de 2,1 %) ne dépassera pas + 1,5 % cette année, selon la plupart des économistes. Alors qu'il faudrait une croissance économique supérieure à 3 % par an pendant plusieurs années pour résoudre le chômage, qui comme on l'a vu, continue d'augmenter, alors que les départs à la retraite dus au vieillissement démographique devraient favoriser l'embauche...
Il est rare dans l'histoire de se trouver face à une telle situation conjoncturelle. La crise économique n'est pas encore dramatique, mais on comprend que les ménages et les entreprises n'entrevoient qu'un avenir sombre. Par ailleurs, croissance faible et chômage élevé ne peuvent que laisser les déficits publics dans le rouge : en 2004, ils représentent 3,6 % du PIB soit très au-delà de la fameuse barre des 3 % fixée par le Pacte de stabilité et de croissance de l'Union européenne. L'autre critère, la dette publique en dessous de 60 % du PIB, est allègrement enfoncé, avec 64,7 % en 2004.
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